Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 22:00

[Webzine / Bio]  - Proposé par Cowboy-115830 le 17/09/2010 


A Voyage to the Centre of the Cosmos



Il y a 40 ans maintenant, le monde de la musique était ébranlé par un jeune groupe anglais qui ne savait absolument pas les répercussions que son album phare aurait dans la sphère musicale. Aujourd’hui, après quatre longues décades d’une carrière riche en rebondissements, il m’a paru bon de faire le point sur un groupe qui a marqué de son empreinte le monde de la musique, même si, d’une certaine manière, il l’a fait surtout indirectement, en influençant d’autres artistes (Tool, Dream Theater, Porcupine Tree, Kurt Cobain, Iron Maiden, Mudvayne, Voivod, Les Claypool et bien d’autres citent KC comme influence) qui retranscriront les trouvailles de King Crimson à un public plus large. En effet, l’approche du groupe est exigeante, on le trouve souvent dans les rayons « progressif », même si cette appellation est extrêmement réductrice et n’est d’ailleurs plus vraiment valable depuis leurs diverses mutations dans les années 80.
Car King Crimson a toujours été moderne, voire avant-gardiste, là où la majorité des autres groupes estampillés prog' se sont sclérosés jusqu’à l’auto-parodie ou ont progressivement abandonné leur aspect technique avec la fin de la gloire du art-rock et l’émergence du punk et des musiques « accessibles » (on pourrait prendre comme exemple Yes, Genesis, ou encore Gentle Giant qui, paradoxalement, était de moins en moins populaire au fur et à mesure qu’ils devenaient plus consensuel et perdait leur identité). Les raisons du relatif anonymat des Crims pourrait s’expliquer par cette tension dans leur musique, tant au niveau du groupe que des albums ou même des chansons.
En effet, le groupe a toujours souffert de line-up instables, marqués par le changement total durant leur première incarnation, la désagrégation progressive sous leur seconde forme ou l’éclatement en de multiples unités lors de leur quatrième transformation, sans compter les nombreux hiatus et les périodes d’inactivité qui ont ponctués leur carrière, rendant parfois le groupe inopérationnel le temps d’une décade entière.
Cela traduit aussi leur désir de ne pas sombrer dans le mercantilisme béat, de refuser de sortir des albums régulièrement si l’inspiration ne vient pas, si le groupe n’a rien de neuf à proposer. À ce propos, Robert Fripp, le leader désigné du groupe, a toujours privilégié une approche triple de la musique : la musique que l’on fait pour soi (ses soundscapes, compositions atmosphériques et intimistes), la musique que l’on fait pour pouvoir vivre (les collaborations avec David Bowie, David Sylvian, Peter Gabriel, Andy Summers…) et celle pour l’amour de l’art, qui permet de tester des idées et de s’aventurer en territoires inconnus (King Crimson). Une tension que l’on retrouve aussi au sein de la composition des albums, qui refusent toujours le consensualisme en juxtaposant balades accessibles et improvisations dissonantes (un refus de l’extrémisme catégorique et une nécessité de garder un aspect mélodique, en quelque sorte) une forme de rupture que l’on retrouve aussi au sein des chansons, avec des explosions sonores abruptes et inattendues qui risquent de choquer les oreilles non averties (21st Century Schizoid Man, Elektrik, Lark’s Tongue in Aspic, Indiscipline…).

Epitath :



Giles, Giles… and Fripp

Brièvement, ce qui a précédé King Crimson en tant que tel : Giles, Giles & Fripp marque la rencontre de Robert Fripp, guitariste virtuose, Michael Giles, un batteur d’une incroyable finesse avec un jeu plutôt jazz mais plein de vitalité, Ian MacDonald, brillant multi-instrumentiste et avec Peter Giles en renfort à la basse. Ils proposent un album de pop-rock psychédélique, The Cheerful Insanity of Giles, Giles & Fripp, qui ne parvient pas à percer, puis enregistrent sans succès de nombreuses démos qui seront publiées bien plus tard sous le nom de The Brondesbury Road Tapes (et qui contient déjà un titre de KC : I Talk to the Wind). Rien ne laisse présager la révolution musicale à venir, tout juste le jeu de Fripp sur certains titres, notamment Suite n°1. Peter Giles quitte le navire, découragé comme le reste du groupe de ne pas rencontrer le succès ; une cicatrice qui, quelque part, conditionnera l’envie d’en découdre de la future formation. Il est remplacé par Greg Lake, Peter Sinfield rejoint le groupe en tant que lyriciste et directeur artistique et le groupe devient King Crimson.

In the Wake of the Crimson King



Ian Macdonald, Michael Giles, Peter Sinfield,
Greg Lake et Robert Fripp


En Octobre 1969, le monde de la musique va être méchamment secoué par la sortie d’un album devenu mythique : In the Court of the Crimson King, avec son inoubliable pochette rose et bleue représentant le visage d’un homme dément, de la folie semblant transparaître une tristesse infinie. Cet album contient déjà tout les éléments qui caractérisent le style KC : le mélange de rock agressif, de jazz, de musique classique et populaire, l’improvisation, le côté sombre (à l’opposé de Yes et consorts) mais aussi mélancolique et sensible. Pour peu que vous parveniez à écouter le premier titre, 21st Century Schizoid Man, particulièrement violent pour l’époque (et encore aujourd’hui ?) et qui enchaîne un refrain aux allures de rock très lourd, un couplet chanté, ou plutôt hurlé à travers un micro branché sur une distorsion et une partie instrumentale centrale qui se compose de phrases bebop jouées à une vitesse fulgurante et d’un jam porté avec brio par la section rythmique ; alors vous pourrez vous reposer avec des titres bien plus sereins, du folk-rock joué à la guitare acoustique et à la flûte (I Talk to the Wind, Moonchild), ou des titres plus épiques et symphoniques (Epitath, In the Court of the Crimson King) qui inspireront les futurs groupes de rock progressif comme Yes ou Emerson Lake & Palmer et, quelque part, bâtiront tout les clichés du rock progressif (le mid-tempo, les claviers, l’aspect fantasy et romantique, l’approche très Européenne et moins influencée par le blues du rock…). Le groupe, dont le succès populaire et critique l’envoie tourner aux États-Unis très rapidement, se désintègre, sous la pression et les divergences d’opinion. Greg Lake va partir fonder le ci-dessus mentionné Emerson Lake & Palmer, Ian MacDonald et Michael Giles iront produire un album sobrement intitulé MacDonald & Giles, bien moins sombre et qui ne sera qu’un demi-succès. Restent Robert Fripp, le guitariste virtuose, l’homme qui joue assis et hors des spots lors des concerts et qui, tout au long de la carrière des Crims, restera le seul membre permanent ; ainsi que Peter Sinfield, qui reste le parolier du groupe.

Les deux albums suivants seront enregistrés en 1970 avec des musiciens de sessions, ce qui, quelque part, leur laisse cette impression de disharmonie. Au fond, le seul tort d’In the Wake of Poseidon, c’est d’avoir été enregistré en second. Une grande partie des titres avaient été joués en live par le line-up original, notamment Picture of a City sous le nom A Man, a city, ou l’improvisation inspirée par le mouvement Mars de la symphonie des planètes de Gustav Holst, ici titrée The Devil’s Triangle. Pour le reste, il est également souvent comparé avec In the Court à cause de la ressemblance entre la structure de leurs morceaux : Picture avec Schizoid, In the Wake of Poseidon avec Epitath et In the Court, Cadence and Cascade avec I Talk to the Wind, The Devil’s Triangle avec l’improvisation sur Moonchild. Il constitue, au final, un prolongement, du matériel supplémentaire, mais ne bénéficie pas de l’aura mystique et du line-up légendaire de son prédécesseur.

L’album suivant, Lizard voit Robert Fripp se montrer plus discret à la guitare, mais diriger ses musiciens dans une voie assez inédite, une sorte de free-jazz adjoint à de la musique classique, comme en témoigne le moment de grâce de l’album, un boléro que l’on trouve dans la plus longue suite enregistrée par les Crims (qui ne sont pas coutumiers du fait) Lizard, d’une durée de 23 minutes. L’album est moins rock, plus avant-gardiste et reste l’un des moins accessibles et des moins aimés de la discographie du roi pourpre. Pourtant, à bien des égards, il présente un intérêt certain, un autre visage de KC, une forme de maturité chez Fripp qui commence à considérer l’ensemble au lieu de l’individualité. Mais là encore, le line-up explose avant qu’une tournée ne puisse être entamée, notamment à cause du bassiste-chanteur Gordon Haskell. À noter qu’Elton John, encore inconnu à l’époque, avait été considéré pour devenir le chanteur du groupe.

Fripp et Sinfield, qui ne se découragent pas, refont des auditions, parmi lesquelles passeront Brian Ferry ou John Wetton, mais c’est finalement Boz Burrel qui devient le chanteur et apprend la basse, ce qui lui sera fort utile plus tard dans Bad Company. Le groupe enregistre Islands en 1971, qui conserve une certaine partie de l’approche de son prédécesseur mais insiste quant à lui sur l’aspect déconstruit. Ostinatos et breaks en free-tempo contrastent avec des passages très carrés, notamment Prelude (song of the Gulls), seule composition entièrement classique du groupe où certains passages de la suite Islands. L’album est également difficile d’accès (Ladies of the Road, the Letters…) et malgré une recherche musicale indéniable, ne parvient pas à convaincre le publique et reçoit des critiques mitigées. De plus, Fripp, expulse Sinfield du groupe, pour cause de différents et d’un manque de foi envers son collaborateur. Il reste donc le seul maître à bord. Mais pour la première fois depuis 1969, la formation entame une tournée, marquée par le côté très funky de la section rythmique lors des improvisations (ce qui ne manque pas d’énerver Fripp, dont l’approche musicale était jusqu’à présent exclusivement « Européenne »). Le premier live du groupe, Earthbound, arrive dans les bacs, mais malheureusement, enregistré dans des conditions exécrables, il donne l’impression d’écouter un mauvais bootleg et ne rend pas hommage aux improvisations pourtant inspirées qui le composent. La première incarnation du groupe prend fin lors de répétitions, pendant lesquelles Fripp, refusant de jouer des compositions des autres membres du groupe, dissout King Crimson, après une longue agonie et un déclin qui ont cependant vu, en même temps qu’une certaine forme de mégalomanie chez Fripp, émerger une vision et une conception de la musique extrêmement singulières et qui rendent des albums comme Islands et Lizard nécessaires pour saisir le reste de la discographie du groupe.

Par Citoyen RCKien - Publié dans : Fiche Artistes
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